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jeudi 30 juin 2005
Chaleur

(j’ai pas dit *canicule* !)

Je déménage... voici ma nouvelle adresse...

Léon est trop fier. Il part à l’école sans cartable, fini le travail, et Ratus-le-relou, et il a à la main les cartes que je lui ai fabriquées hier soir, avec son nom, sous l’image de son héros du moment, et puis son adresse e-mail. Pour son anniversaire, il veut un ordinateur, et puis un scanner, et une imprimante aussi tant qu’on y est, parce que ça le gave de colorier, voyez, quand Photoshop peut le faire. Fatalement. Difficile de penser qu’il puisse en être autrement, je veux dire, c’est pas comme si les gamins des computer addicted naissaient avec un cable de modem à la place du traditionnel cordon ombilical, non, non, c’est pire, direct ils codent en C++, presque, cela dit, je ne suis pas informaticienne. Son père non plus, d’ailleurs. ’fin bref, on s’en fout. Il distribue sa nouvelle adresse, il dit qu’il est content de partir, il explique qu’il laisse sa télé ici, parce que là-bas, hop, hop, y en aura pas dans sa chambre, non, non, pas la place, à cause de l’ordinateur. Oh my gode, mon fils est un nerd. Les mères de ses copains affichent des airs catastrophés. Dites, vous nous donnerez de ses nouvelles, hein. Mon fils est tellement désolé... Arf. Arf, arf, même.

Je ne me souviens pas du tout de cette dernière année, celle d’avant mon arrivée ici. Quelques images, la classe avait été déménagée, quatre prénoms pareils. Même pas la tête de la maîtresse, ni son prénom, d’ailleurs. Toutes les autres, je m’en rappelle. Très bien, même. Mes amoureux, mes copines, les bandes. Mais cette année là, l’année du CE1, y a rien. C’est bizarre quand même. CE1/CE2. Arf. Cool, c’est presque comme le début d’un Patricia Cornwell, plus qu’à mener l’enquête désormais, à la Grissom style. Anyway.

Je crois que c’est la fin, ça y est. Je vais couper. Elle n’a pas su le faire, j’ai du m’y coller. Elle me dit oh ça va faire bizarre, en regardant la chambre vide de Léon, et les cartons, elle soupire, je ne sais pas quoi dire. Pas question de la rassurer, et puis quoi encore. Je me tais. Elle me tend les perches habituelles. Elle détourne l’attention. Trop facile. Et puis... pas envie d’affronter. Trouille d’exploser. Eye to eye. J’en suis pas capable. Je n’arrive pas à lâcher. Il faut percer, mais je sais pas ce qu’il y a derrière. Je fuis, je change de sujet. Tout pareil. Arf. Y a du boulot, encore.

Dernière soirée ici, avec lui. Rien d’inhabituel. Je ne m’en étais pas rendu compte, à vrai dire. Comme si c’était pareil, oui bon ça va il part quinze jours, n’en écrivons pas un drame en cinq actes, vous serez bien aimables. Moi, je suis ailleurs. Déjà demain, déjà en week-end. Je plane à quinze mille, j’avance.

Je ne sais pas si je vais avoir la force.

Les yeux dans les yeux.

Parler.

Pleurer.

Dire merci.

Pardonner.

(Pour le reste, on verra après)


et pendant ce temps là...

mon inconscient est un enculé-samer, c’est pas du tout la note que je voulais faire... à part ça, je nous y vois déjà, sur le tapis rouge, pour reprendre du courage, rire, et se faire du bien, et j’espère que tu seras là, toi.

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