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décembre 2005
The L Word
Mwah ! What an amazing série que cette série là, créée et produite par Ilene Chaiken pour Showtime Network Inc., un chaîne sur abonnement du câble américain, qui a quadruplé son audience grâce à la diffusion de la première saison, en 2004. The L Word, c’est quoi ? Direct, le générique annonce la couleur. This is the way that we Live and Love. Quand on est Lesbienne. A Los-Angeles. Il y a beaucoup de L, dans The L Word. Pour l’anecdote, d’ailleurs, tous les titres des épisodes commencent par la lettre *L*. Bref. Beaucoup de L, beaucoup de elles, et c’est vachement universel. Qui que tu sois, quelle que soit ton histoire à toi, qui que soit celui, celle ou ceux que tu aimes, et avec qui tu t’envoies en l’air, il y a transfert. C’est une série pour toutes les filles, c’est une série qui n’a pas froid aux yeux, c’est une série qui touche, et qui captive. C’est le moins qu’on puisse dire. The L Word fait rire, beaucoup, et puis réfléchir. On en prend plein la gueule, même, parfois. Comme face au reflet de soi, face à ses divagations, aux coups de canifs au contrat, à la confiance trop vite donnée à qui ne la mérite pas, aux explications qu’on croit devoir offrir quand il s’agit seulement de se faire plaisir, aux certitudes qui ne tiennent pas la route, aux promesses qui finissent en doutes. Aux petits arrangements que l’on prend, à la chance, à la jouissance, aux emmerdements.

- Mia Kirshner is Jenny
Le pitch, c’est un peu Beverly Hills-like : Jenny Schecter est une jeune romancière au talent prometteur, tout juste diplômée de l’université de Chicago, qui débarque à Los Angeles pour y démarrer une vie de grande fille, et accessoirement y retrouver son soon-to-be fiancé, Tim. Vu comme ça, rien de bien nouveau sous le soleil des séries télé, surtout que la dite Jenny est un personnage à peu près autant insupportable qu’une Brenda ou qu’une Kelly. Toujours à pleurnicher pour se disculper, toujours à vouloir le beurre, et l’argent du beurre, toujours à manipuler les sentiments. Exaspérant. Sauf que... le pitch, c’est un prétexte. Le fameux *What if* sans quoi il n’y a pas de bonne série. Fatalement. Ben ouais. Une bonne série, c’est comme un bon bouquin, ça demande qu’on balance un caillou dans la mare. Suffit pas d’inventer des personnages, et de leur donner une image. Il faut les bousculer. Creuser les failles. Les déranger dans leurs vies qui filaient très bien jusque là, merci.

- Laurel Holloman is Tina,
Jennifer Beals is Bette
Pour le contexte, on pense à Friends. Jenny rejoint Tim, et Tim vit à West Hollywood. Et Tim a des voisines, Bette et Tina, un couple de lesbiennes plutôt conventionnelles, du genre qui voudraient bien fabriquer un bébé, du genre installées, du genre repère pour leurs copines pas encore franchement casées. Qu’elles retrouvent chaque matin au Planet avant d’aller bosser. Le Planet, c’est leur QG, une sorte de café qui vire au pub à la nuit tombée, dirigé par l’insaisissable Marina, une des filles de la bande, puis par Kit, la soeur de Bette, mais nous n’en sommes pas encore là. Pour l’instant, Bette et Tina rejoignent là-bas Alice, Shane et Dana, et plus tard on y verra aussi Carmen, Helena ou Tonya. Et ça discute. Et ça refait le monde, et ça prend la température, et ça raconte sa vie, et c’est tendre, et ça console, ça requinque, ça rigole. Comme c’est toujours le cas quand on met plusieurs filles ensemble, des filles qui se connaissent bien, depuis longtemps, et qui savent se faire du bien quand il y en a besoin. Voilà pour le décor. Sauf que... le décor aussi, c’est un prétexte. La mare du caillou. Une fois qu’on l’a planté, une fois qu’on a pitché, le spectacle peut commencer. Reste à choisir une mise en scène.

- Leisha Hailey is Alice
Dans Sex in the City, il y avait le journal intime de Carrie Bradshaw pour s’adresser au spectateur, et donner du recul à l’intrigue, mettre en perspectives les réflexions, ou les comportements, suivant un fil conducteur, une trajectoire rectiligne, one day next to another. Dans The L Word, on assiste aux transes artistiques de Jenny, qui tente de canaliser ses pulsions, ses débordements, ses égarements, et c’est parfois super chiant. Dans The L Word, on a Alice qui pond des théories, et qui se lance dans la sociologie. Alice qui crée une matrice, un tableau géant, une sorte de base de données avec des noms, des flèches, et des lignes en pointillés, fondée sur le fameux principe du *qui que tu sois, il y a six steps grand max qui te séparent de moi*. Alice qui organise la société dans laquelle elle respire, Alice qui a une solution pour tous les dilemmes, Alice qui préfère ne jamais s’angoisser, mais jongler avec la fatalité, et prendre sa vie du bon côté, Alice sur qui on peut toujours compter, comme si elle avait un troisième oeil, et une intuition très développée, et c’est souvent vachement marrant. Dans The L Word, on a Shane qui ne parle pas souvent, mais que tout le monde entend, parce qu’elle percute les libertés prises pour contourner les difficultés d’exister, et qu’elle leur rentre dedans, parce qu’elle est troublante, sexuelle, désinvolte, et affranchie des contraintes que les autres se donnent, et c’est tout le temps fascinant. The L Word est concentrique. On assiste aux vagues et aux remous, aux effets de causes et aux remises en questions, sous un tas d’angles différents. L’arrivée de Jenny ébranle tout un univers, et chacune sera touchée différemment.

- Katherine Moennig is Shane
The L Word n’est pas une série légère, et pourtant c’est divertissant. Parce qu’on se marre beaucoup, tout de même, et que les personnages sont attachants. Dérangeants, émouvants, agaçants, déchirants, provocants, distrayants, envoûtants, lucides, et parfois même cyniques. Ouais. Tout ça à la fois. Alors on s’identifie facilement, alors on suit avec attention les solutions qu’elles inventent pour cohabiter avec le bordel ambiant, alors on se dit que c’est vachement bien vu, tout ça, et que ça fait du bien de le voir filmé, pour une fois. Ah, et il faut dire aussi que, contrairement à d’autres séries où on te laisse sur ta faim, dans The L Word la boucle est bouclée au dernier épisode de la saison, chaque élément du scénario est doté d’un épilogue, sans pour autant virer au happy end systématique, et chaque nouvelle saison débute sur de nouveaux *what if* qui relancent le mouvement. Il y a trois saisons de treize épisodes pour l’instant. Les deux premières ont été diffusées sur Pink TV et sur Canal Plus, la troisième est inédite en France à l’heure actuelle, et la quatrième est annoncée pour le 7 janvier 2006 aux US. Can’t wait !
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