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décembre 2005
Romain Gary


Tout a commencé avec Robin Renucci. A l’époque, je lisais Kundera et John Irving, enfin débarrassée des auteurs classiques imposés à l’école et qui, hormis Flaubert, m’avaient franchement assommée. Les filles de ma classe étaient unanimement intarissables sur Belle du Seigneur d’Albert Cohen, et j’avoue que je ne comprenais pas bien ce qu’elles trouvaient à ce bouquin interminablement chiant. Du coup, j’avais zappé Clair de Femme, leur next must-have-read, mais je les avais accompagnées voir Faux et Usage de Faux au ciné, parce qu’il y avait Robin Renucci dedans, et que bon, Robin Renucci, quoi. Je l’avais adoré dans Masques.

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film de L.Heynemann
(1990)

Le film n’était pas très bon, dans mon souvenir, pourtant l’histoire avait du m’intriguer suffisamment puisque j’en étais sortie avec la ferme intention d’en savoir plus. Aujourd’hui, une requête Google suffit, mais à l’époque point d’Internet, fatalement, alors ça s’est passé à la bibliothèque. Romain Gary a écrit trente et un livres, et la bonne nouvelle, c’est qu’au milieu de son oeuvre, il y a quelques bouquins très fortement autobiographiques. Romain Gary s’était inventé des tas de pseudonymes, poussant la plaisanterie jusqu’à obtenir deux fois le Goncourt sous deux identités différentes, et la bonne nouvelle, c’est que ça avait produit toute une littérature à son sujet. Alors j’ai commencé par une biographie, et c’était le récit de l’affaire Ajar par le neveu de Gary, qui avait incarné Emile dans la vraie vie, bouquin qui avait probablement inspiré le film. Et puis j’ai enchaîné avec La Promesse de l’Aube. Waow. Quel plaisir. On rit beaucoup, avec Gary, on pleure aussi, mais surtout c’est tout le temps bien vu. D’une lucidité excessive, sans doute, parée d’un humour implacable et même burlesque, et tout à la fois d’une incroyable tristesse, celle d’avoir perdu l’enchantement, et beaucoup d’illusions.

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Mercure de France, Paris
(1979)

Ensuite j’ai tout avalé un peu au hasard, et j’en ai gardé pour plus tard. J’ai lu Clair de Femme, et je crois n’avoir jamais rien découvert depuis qui parle si bien d’amour ; j’ai lu Le Mangeur d’Etoiles, j’ai lu la biographie de Dominique Bona, et j’ai aimé l’homme, oui, pleinement, et juste après j’ai lu Gros Câlin, Gros Câlin qui évoque le manque avec tant de force que ça résonne encore ; et puis Chien Blanc, récit inspiré d’une époque de sa vie overseas avec l’actrice tant aimée, une métaphore impitoyable et audacieuse, parce que Gary osait tout, et surtout écrire ce que personne n’osait jamais dire... Après je suis revenue à Ajar, j’ai lu La Vie devant Soi, grave et gai à la fois, mais s’il ne devait en rester qu’un je crois que ça serait l’Angoisse du Roi Salomon, oh bordel, il est terrible celui-là, parfaitement drôle, épouvantablement cynique, et ça parle de la trouille, de l’injustice, et de l’énergie considérable que mobilise l’homme pour oublier la vieillesse, et la mort.

Le style de Gary est fascinant. Quand il devient Ajar, il est même carrément génial. Il joue avec les mots, les sens cachés, et l’air de ne pas y toucher. Il écrit comme on parle, il se met au service de ses personnages, qui le lui rendent fidèlement. Il ne s’est jamais résigné, et même si son éternelle bataille pour l’espoir est parfois devenue une lutte contre le désespoir, son écriture a la naïveté de celle du gamin qui n’a jamais vraiment compris pourquoi on l’avait obligé à passer dans le camp des grands, ces furieux, ces imbéciles, un gamin qui choisira de rire de tout, toute sa vie, et surtout de rire de lui.

« Je pense que pour vivre, il faut s’y prendre très jeune, parce qu’après on perd toute sa valeur et personne ne vous fera de cadeaux. » in La Vie devant Soi (Emile Ajar)

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