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novembre 2005
LOST


Par quoi commencer ?

LOST est une série créée par J.J.Abrams (Alias) et Damon Lindelof (Crossing Jordan/Preuve à l’appui) sur commande de Lloyd Braun, à l’époque co-chairman de ABC Entertainment Television (depuis, il a rejoint la tête de Yahoo Media). Beaucoup de buzz et autres légendes circulent quant à la paternité de l’idée originale de LOST, et on dit par exemple que Aaron Spelling (le producteur de nombreuses séries à succès comme Beverly Hills ou Melrose Place) avait par le passé imaginé un projet similaire, qui aurait été abandonné, puis repris par ABC & Touchstone Television pour devenir LOST. Mais quand on interroge les principaux intéressés, ils livrent une version beaucoup moins rocambolesque : Lloyd Braun aurait tout simplement contacté J.J.Abrams au début de l’année 2004, pour lui demander de créer une série autour du crash d’un avion sur une île.

Une fois l’accord d’Abrams obtenu, on appella Damon Lindelof pour collaborer au projet, et les deux hommes se mirent à plancher sur l’idée de Lloyd, à renfort de "What if". What if... un avion de ligne tombe sur une île tropicale, then ? What if... il y a des passagers qui survivent à l’accident ? Bon, alors d’abord il faut qu’ils s’organisent. Soigner les blessés, trouver comment bouffer, et de l’eau potable, allumer des feux pour être visibles à la tombée de la nuit, réparer les émetteurs radio, entretenir l’espoir qu’on va venir les secourir, enfin ce genre de choses. Là, limite, on est dans Koh-Lantha, sans Denis Brogniart. Struggle for life, et la panoplie des réactions humaines dans pareille situation, et le phénomène de hiérarchisation de meute, et la capacité à rebondir, et il faut canaliser la peur, les égos, les émotions. On appelle ça poser les bases, et avec ces bases on tourne un pilote, et rapidement on se dit qu’on va pas tenir dix épisodes sans étoffer nettement le scénario, à moins de vouloir pondre un enième remake de Sa Majesté des Mouches. Alors on ajoute tout un tas de "What if", qui globalement suivent deux axes.

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Mystérieux mystères !

Premier axe : Abrams et Lindelof donnent une personnalité à l’île des survivants, qui n’est plus une simple île tropicale mais qui devient une île mystérieuse chargée d’une histoire complexe. Il y a du fantastique, du danger, des bruits bizarres, des disparitions inexpliquées, des monstres invisibles, bref, pour un peu on se croirait dans un spin-off de Jurassic Park et c’est d’ailleurs un peu gonflant au tout début de la saison, parce que bon, les dinosaures, c’est passé de mode, hein, et on n’a pas franchement envie de se taper vingt et quelques épisodes à voir des rescapés se faire éventrer par des T-Rex ou genre. Mais en fait non. Pas du tout, même. Plus tard, on se demande si on n’a pas ressorti des cartons les X-Files de Chris Carter, parce qu’il y a des expériences aux frontières du réél, parce qu’il y a *THE OTHERS*, les autres occupants de l’île, qu’on ne voit jamais mais dont les intentions sont incontestablement mauvaises, ou parce qu’il y a des trappes et des blasons dont on se demande bien comment ils sont arrivés là, et un mystérieux projet dont semble dépendre la survie de l’espèce, bref, tout un tas de trucs trop secrets pour être honnêtes, mais non plus. Pas plus d’extra-terrestres que de diplodocus. L’histoire de l’île joue avec l’absurde, le rêve initiatique, la symbolique, les coïncidences énigmatiques, et donne lieu à des supputations invraisemblables qui donnent à LOST les ingrédients d’une série à succès basé sur l’émergence de mythes. Ma théorie préférée, c’est celle du purgatoire. L’île comme terrain d’expiation et de purification, l’île comme étape avant la destination finale, l’île de la rédemption. Il n’y a rien pourtant dans le scénario qui indique que les créateurs aient souhaité donner une dimension de ce genre à LOST, toute cette interprétation est une énième spéculation de fans... Et pourtant.

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Terry O’Quinn is Locke

Le deuxième axe est centré autour du personnage de Locke (dont le nom n’a pas été choisi sans rapport avec celui du philosophe anglais contemporain de Descartes), qui, pour reprendre la théorie du purgatoire fait office de *passeur*. Au cours du quatrième épisode, la série prend un tournant qui lui donne son originalité, et même une forme d’intrigue absolument fascinante. On prend la mesure de l’histoire. On découvre que ces personnages rescapés du crash ont tous un passé inattendu, et qu’ils sont responsables de saisir l’opportunité qui leur est donnée de prendre un nouveau départ, ou pas, de larguer leurs bagages, ou pas, et de se débarrasser de secrets trop lourds à porter, ou pas. On nous montre le côté pile et le côté face, on change l’angle de la caméra, et puis encore, et puis encore, on met les événements en perspective. C’est bluffant, littéralement.

Abrams et Lindelof expliquent qu’ils ont créé les personnages avant d’écrire les scripts. Ils leur ont donné des traits de caractères, et c’est ensuite qu’ils ont casté les acteurs, tout en inventant aux hommes et aux femmes qu’ils allaient incarner dans LOST un présent sur l’île, et un passé avant le crash. Ils se sont nourris des comédiens au moins autant que de leur imagination, et le résultat donne une profondeur étonnante à chaque rôle. Il y a la trame de LOST, issue du pitch initial, et il y a le récit de l’histoire de chacun des survivants qui, cerise sur le gâteau, se recoupe généralement avec celle des autres, à un moment significatif de leur vie avant l’accident. Il y a des chiffres qui semblent maudits, comme un fil rouge supplémentaire, au milieu des fils qui se croisent et se décroisent, et on finit par se dire que ces 48 survivants là n’ont pas survécu par hasard, ils ne semblent plus si LOST, finalement, et tout prend un sens nouveau, ce qui fatalement vient octroyer davantage de mystère à l’ensemble...

Bref, LOST est une série fascinante, perso il y avait longtemps que je n’avais pas été autant impressionnée par un script de cette qualité, par une intrigue à ce point ficelée, tous les ingrédients sont là pour captiver et surprendre, et pour rester scotché face au générique de fin avec ce qu’il faut de frustration pour désirer absolument connaître la suite !

 

Voir aussi

  • LOST-TV : un site de fans vachement complet (en anglais)

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