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août 2004
Charles Baudelaire
Il y a eu cette première fois chez MA (qui n’est plus là), et je ne sais plus comment, ni même pourquoi, la conversation avait tourné sur la poésie, mais je me rappelle très bien de la scène, et de sa consternation amusée de m’entendre lui dire que, décidément, personne ne surclassait Mallarmé. Nous étions dans sa cuisine et elle m’avait collé dans les mains le plateau du thé - Wu Long et Speculos, le rituel - que j’avais emporté au salon pendant qu’elle avait disparu quelques minutes, le temps d’aller récupérer un exemplaire des Fleurs du mal qu’elle m’avait lancé sur les genoux : ben tu lis ça et après on en reparle. Je lui avais répondu un truc débile, Baudelaire, l’Albatros, mainstream, bof, enfin quelque chose du genre, mais elle avait insisté, et comme elle aurait pu me faire traverser l’Atlantique en raquettes si elle avait demandé tellement j’étais fan d’elle, et bien j’avais promis. Et j’ai lu. Putain quelle baffe tiens. Ratatinée, mon arrogance. Alors évidemment comme je ne suis jamais capable de mesure, je me suis très vite plongée dans le reste, les vers et la prose, la correspondance et mon coeur mis a nu, les nouvelles et des biographies... et puis après ça m’a emmené vers Poe puis vers Hank, mais c’est une autre histoire.
Spleen
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;
Quand la terre est changée en un cachot humide,
Où l’Espérance, comme une chauve-souris,
S’en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris ;
Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D’une vaste prison imite les barreaux,
Et qu’un peuple muet d’infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,
Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.
Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,
Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir,
Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.
in Les fleurs du mal
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