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janvier 2004
Camille Claudel


Elle se disait capricieuse et inconstante, tolérait tous ses défauts mais pas du tout ceux des autres, et vouait une sorte d’admiration à Lady Macbeth (in An Album Confessions to Record Thoughts Feelings, 1888). Il y a tellement à dire qu’on ne sait jamais bien par quoi commencer, avec Camille Claudel. Ni comment évoquer la fascination qui harponne à chaque fois qu’on la dévoile un peu, comme si elle restait à jamais énigmatique, et c’est fatalement ce qui déchaîne tant de passions autour du personnage...

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film de Bruno Nuytten
(1989)

Bien sûr je pourrais parler du film de Nuytten, et de cette scène foudroyante, alors qu’Isabelle Adjani laisse enfin la place à une Camille en transe, terrassée par une douleur si forte qu’elle dévaste son atelier, parce que c’est le seul moyen qu’elle trouve pour évacuer le mal, parce qu’elle voudrait mourir, alors elle fait tomber les socles et les échafaudages, alors elle fracasse les marbres contre les murs, alors elle brise les plâtres à coups de marteaux et de burins, folle de rage et de désespoir, folle d’aimer qui ne l’aime pas, folle de cette adoration qui la ronge, inlassablement, et après il ne reste plus rien, rien que la poussière et le vide, rien que l’impuissance et le désarroi.

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L’Implorante
(1893-1897)

Ou je pourrais raconter le Musée Rodin, et ces heures passées à y verser les larmes d’amours envolées devant L’Implorante, cette figure de L’Age mûr, qu’on dit être l’image que se donnait Camille au moment de sa rupture avec Rodin, et les révisions de partiels avec E. sur les bancs en pierre du plus beau jardin de Paris, encadrés par les oeuvres du mentor trop aimé. Ou je pourrais développer autour de la démence de cette femme incurablement seule, pas vraiment comprise, et radicalement solitaire, qui n’a jamais renoncé à entretenir un feu sacré, quel que soit le prix à payer (obsessions et paranoïa et internement, l’addition a été salée), par orgueil diront certains, par amour diront d’autres, mais c’est certainement beaucoup trop caricatural de résumer ainsi Camille Claudel... Ou je pourrais évoquer son talent, parce que son oeuvre laisse sans voix, grands dieux mais comment c’est possible de réussir des pièces pareilles, et de les charger d’une émotion si impérissable - et puis je sais pas vous, mais moi j’ai toujours pensé qu’il y avait un truc magique avec la sculpture, quelque chose qui dépasse la conscience, quelque chose de totalement déraisonnable, quelque chose qui habite l’homme au delà de sa propre incarnation terrestre.

Oui je pourrais parler de tout ça. Seulement Camille Claudel c’est une rencontre inouïe avec les parts d’ombres dissimulées en chacun de nous. C’est une alchimie qui se fait (ou pas), et c’est très personnel comme aventure, ça touche à l’intime, à l’essence de ce qui nous fabrique. Alors je dirais (au risque de balancer ici un robuste lieu commun) que c’est une expérience unique, qui ne peut pas se raconter, parce qu’elle doit se vivre...

  • A lire : Camille Claudel, l’ironique sacrifice - Danielle Arnoux, EPEL, 2001
  • Musée Rodin - Hôtel Biron, 77 rue de Varenne, 75007. Ouvert tous les jours sauf le lundi.

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